RENCONTRE Alain Carpentier : impressions d’un ancien maire

Au début du mois, Alain Carpentier nous a envoyé deux messages électroniques : sur l’îlot Lecluyse et le commerce maubeugeois… alors qu’il n’avait plus fait parler de lui depuis 2001. Du coup, nous sommes allés voir l’ancien maire de Maubeuge (1989-1995) dans son appartement du Vauban.
> Vous habitez encore Maubeuge ?
Je n’ai jamais quitté cet appartement depuis mon divorce, en 1992. Aujourd’hui je suis marié avec Julia Pascal, qui est Londonienne, et depuis que j’ai perdu aux élections, j’ai été beaucoup plus souvent à Londres. Mais je reviens tous les mois. Là, je suis ici depuis six mois. Parce que la France et Maubeuge, ça me manque. J’ai eu le tort de me couper, après ma retraite, en 1997, de la vie maubeugeoise. Il faut que mon épouse et moi trouvions un accommodement, pour que je sois plus présent ici. Beaucoup de gens viennent me voir, lors d’événements comme la destruction de l’immeuble Lecluyse.
> Quels contacts avez-vous gardés avec votre ancienne équipe ?
Aucun. Un certain nombre d’entre-eux ont rejoint, en 2001, M. Pauvros, avec lequel je n’ai pas pu m’entendre. Je n’ai pas envie de les fréquenter.
> Quelles étaient les raisons de la mésentente avec Rémi Pauvros ?
Il est invivable. Je le savais, je le connaissais. Il venait faire un petit tour, de temps en temps, à la section socialiste. On ne s’est jamais entendu, il est trop rugueux. À quelques jours de l’élection, avant 1989, il est arrivé pour proposer ses services, alors que l’équipe était constituée. Je l’avais plutôt mal reçu. Après notre échec en 1995, il est venu. J’avais pris du recul, le choc avait été rude. C’est le tort que j’ai eu.
J’ai laissé la main à d’autres.
> L’action de Rémi Pauvros et de son équipe, qu’en pensez-vous ?
Il a bien su utiliser les opportunités qui se présentaient : les nouvelles politique de la ville, surtout. Quand j’étais maire, on a démarré le développement social des quartiers, le DSQ. Mais il nous obligeait à n’intervenir que sur des zones bien précises. On a concentré tous nos efforts à Sous-le-Bois, Douzies et Montplaisir. Ce qui a créé un sentiment de frustration dans les autres quartiers. Pour revenir à Rémi Pauvros, comme il a été vice-président du Département chargé des infrastructures, il faut rappeler que les routes, les ronds-points, c’est le conseil général qui paye. Et puis il y a Viavil. Quand j’étais maire, on en parlait déjà, Bernard Baudoux l’avait déjà en tête. Après, Decagny n’a pas osé. Et Rémi Pauvros a voulu changer le tracé. Quand tout était bouclé, il n’y avait plus de financement. Ce qui aurait dû être financé par l’État l’est par l’agglomération.
> Mais le tracé passait trop loin de la gare, de l’hôpital… C’est une autre histoire : quand vous faites passer quelque part, c’est toujours plus loin qu’ailleurs ! Ceci dit, c’est une belle réalisation. Un de mes rêves, c’était d’être architecte. Quand j’étais maire, l’urbanisme m’intéressait beaucoup. Aujourd’hui, c’est du travail de qualité qui est fait. C’est séduisant. Quand j’étais maire, j’avais un urbaniste. Il a travaillé sur l’aménagement du mail de la Sambre, l’implantation du collège Budé… C’est une erreur, dans une ville en développement, de ne pas avoir un urbaniste.
> Il y a quand même des projets qui se font, du côté de la gare… Maubeuge a changé.
C’est le projet Viavil, tout ça.
> Et le cinéma ?
Ça, c’est une bonne chose. Avec l’urbaniste, à l’époque, on avait fait un concours pour cette partie de l’avenue de la Gare. J’en avais honte, quand j’étais maire ! On avait un projet d’habitations. C’est vrai que le cinéma et la brasserie, c’est bien.
> En 2001, vous avez monté une liste indépendante. Comment vous avez vécu ça ?
Je suis un baroudeur. J’aime bien distribuer des journaux, des tracts. Il y a une partie physique. La campagne, ça m’a convenu. Mais je ne me faisais pas trop d’illusion. Sans parti politique, c’est plus difficile. Et d’une certaine façon, les électeurs ont jugé que j’avais fait mon temps.
> Que pensez-vous des résultats de 2008 ?
En politique, il y a un coefficient personnel qui joue, et les circonstances. Parfois on a du pot. Rémi Pauvros en a eu, après la présidentielle et le déclin rapide de Nicolas Sarkozy dans l’opinion publique. Une vague a permis au PS de sauver les meubles. Et Claude Deresnes s’est retiré ! Ses voix ne sont pas des voix de fascistes, mais des voix de protestataires, de gens qui parfois étaient avant au PC. Elles sont revenues, peu ou prou, dans le giron de la gauche. Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit élu au premier tour, mais je savais qu’il serait réélu.
> Vous avez connu l’alliance avec les communistes. Aujourd’hui, elle s’affaiblit, avec ce qu’il s’est passé à l’Agglo… Oui. Je trouve que c’est une erreur de ne pas avoir laissé Baudoux à la tête de l’Agglo. C’est un type de qualité, intelligent, ouvert, qui aime son boulot, sa région. Et puis mince !, on ne peut pas être à la fois contre le cumul des mandats et cumuler ! Pourquoi ne pas avoir mis en selle quelqu’un d’autre ? Quand j’ai été élu maire de Maubeuge, qu’Umberto Battist a été élu maire de Jeumont, on n’a prétendu, ni l’un ni l’autre, devenir président du SIBS. On est allé chercher Lo Giaco. Ça me paraissait plus équilibré. • VINCENT TRIPIANA
Avant 1989 et après 1995...
De sa naissance en 1936 à aujourd’hui : le parcours d’Alain Carpentier.
Alain Carpentier est né le 7 juillet 1936, à Cambrai. Mais c’est à Douai qu’il a passé sa jeunesse : école primaire, collège moderne, lycée, puis École normale. Instituteur, il arrive en 1957 à Maubeuge, à l’école du Centre, place Sthrau… avant de faire son service militaire en 1958, pendant vingt-sept mois.
Il est rentré en mars 1961, a été nommé à Feignies puis au collège de la place Sthrau, celui qui allait devenir le collège Budé (route de Mons, en 1963).
C’est là qu’il a commencé une double carrière : enseignant (mathématiques et physique) et syndicaliste.
Il a exercé la profession d’enseignant jusqu’en 1989, au même endroit. En 1982, il a été élu au conseil général (réélu en 1989, il en est devenu un des vice-présidents, chargé de l’action économique).
En 1983, il mène une première liste contre le Dr Forest (décédé en 1984, remplacé par Jean-Claude Decagny) et entre au conseil municipal. Sa liste compte Jacqueline Bard, Micheline Hourbette, Jean-Claude Fontenelle (communiste), André Renaux… En 1989, il présente une nouvelle liste et est élu. En 1995, il est au deuxième tour, avec 29,79 % des voix… derrière Jean-Claude Decagny, qui reprend la mairie avec 49,61 %. Il est de nouveau tête d’une liste indépendante en 2001, mais ne remporte pas l’élection. Ses 9,89 % ne lui permettent pas de passer le premier tour ni d’être en position de négocier avec Rémi Pauvros.
En 1995, Alain Carpentier prend beaucoup de recul. Puis s’installe à Londres avec son épouse Julia Pascal, en 1997, année de son départ à la retraite de l’Éducation nationale. Il n’avait jusqu’alors plus fait parler de lui publiquement. • V. T.